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Nous sommes au début 1986, une lettre officielle
m'attend dans mon courrier.
Le service du personnel de la Télévision Suisse
Romande me rappelle que je dois plier bagage le 31 décembre
. Vider mes armoires et les tiroirs de mon bureau et rendre mes
clefs. " LA RETRAITE " à laquelle je n'avais
jamais pensé est là.
Depuis mon transfert à Genève en 1962 , j'ai été
appelé 4 à 5 fois par la TV suisse Alémanique
pour réaliser à Zürich quelques dramatiques.
Au moment où je relis avec perplexité l'annonce
impérative de ma fin d'activité professionnelle...
Le téléphone sonne...
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Mon ami André Kaminsky dramaturge, responsable des
émissions dramatiques à Zürich , me propose de réaliser
une pièce d'une journaliste zurichoise, Doris Morf.
L'œuvre est inspirée par une enquête qu'elle a faite au Maroc,
sur les mariages entre Zurichoises et Marocains et les problèmes
que peuvent engendrer les changements de cultures.
Je pars pour la Suisse allemande et nous nous mettons au
travail, André et moi, pour transposer en film , une œuvre écrite
sous forme théâtrale, destinée à être
jouée dans des décors de studio.
Le scénario terminé , je pars pour le Maroc avec le directeur
de production, Werner Kägi.
Grâce à Doris Morf et Kaminsky les lieux d'action, Les villes
de Taroudant et d' Agadir sont bien déterminées dans le
scénario.
Il s'agit pour nous de repérer d'une manière précise
, les emplacements de tournage, puis d'obtenir toutes les autorisations
marocaines et même une collaboration sympathique de la part de la
TV marocaine. En plus d'un directeur de production et de son assistant
marocain il me faut deux actrices et trois acteurs du pays, qui s'avèrent
excellents, sans compter la figuration.
Pour compléter notre préparation, nous
parcourons une petite partie de ces régions magnifiques, et nous
rentrons en Suisse commencer le tournage à Zurich.
Le rôle de la jeune Zurichoise est tenu par l'excellente
comédienne Agnès Duneisen et, dans celui du beau marocain
Ghazi Younes, qui a joué l'un des rôles importants dans le
film du détournement d'avions. Le film est une réussite.
Après cette expérience, je suis heureux de
profiter de l'offre du chef des émissions théâtrales
de Zürich ,Marx Peter Amman, il s'agit de mettre en scène
en studio une pièce de Marivaux : " Le jeu de l'amour et du
Hasard ".
Après une lecture de la traduction, adaptation
du dramaturge allemand Volker Erhard, nous décidons, Niklaus Schlienger
et moi-même de confronter la lourde formulation germanique du texte
à l'original français.
Pour retrouver la subtilité, l'élégance et le charme
du langage de Marivaux.
La fin de la pièce devenait une situation historique dans le travail
de ERHARD. Nous inventons une action-cadre, mettant en scène Marivaux
en personne, commentateur ironique et amusé par les personnages
de son invention.
Le décor intérieur XVIIIème, un peu délabré,
extérieur d'époque, terrasses, jardins grottes est parfaitement
conçu et exécuté par Jürg Wesbecher. ancien
assistant de G. Dessauges.
J'ai dessiné les maquettes des costumes, qui sont confectionnés
par un spécialiste de Münich.
1989 ! C'est la dernière dramatique en Studio Electronique
de la Télévision Suisse Alémanique.
La distribution comprend Suzanne Meyerhoff , Gabrielle Rothmüller,
Jürgen Czsisla, Patrick Wiszniewsky. .tous des acteurs de grand talent.
Je suis secondé par une excellente assistance Marianne Thomen.
1990, je retourne à Genève, je téléphone
à un ami, Gérard Lucas, pour avoir de ses nouvelles, et
le joyeux colosse me répond d'une voix plaintive qu'il est cloué
au lit par une méchante hépatite virale .
Lucas, journaliste et écrivain, homme dynamique et très
créatif s'efforçait depuis quelque temps de créer
un café-théâtre à Genève pour y faire
jouer des sketchs et chansons de son cru.
Il avait trouvé le café, engagé cinq ou six étudiants
et étudiantes comme interprètes et devait inaugurer ledit
Café-Théâtre , avec un premier spectacle dans moins
d'un mois.
Les trois différents metteurs en scène contactés
se sont dédits l' un après l' autre et c'est une collaboratrice
journaliste surnommée Chris qui fait répéter, tant
bien que mal, des jeunes qui n'ont jamais mis les pieds sur une scène
de théâtre.
Lucas me prie de jeter un coup d'œil aux répétitions .Je
me précipite en début d'après-midi à l'adresse
que mon ami m'a donnée.
Je découvre un sympathique bistrot dans un quartier
tranquille avec des tables en plein air, au soleil.
En passant la porte d'entrée , j'entends des voix vers le fond
de la pièce , et je découvre une arrière-salle flanquée
d'un podium central sur lequel deux jeunes gens s'escriment maladroitement
à dire des phrases, tout en faisant semblant de se battre avec
des épées supposées. Une robuste beauté, Criss,
leur donne des conseils et leur souffle le texte.
Je comprend aussitôt les angoisses de mon ami Lucas .
Son Café-Théâtre va tout droit à
la catastrophe .
Je reprends tout à zéro. Je donne aux deux garçons
leur première leçon d'interprétation du sketch "
le duel " et poursuis jusqu'au soir la répétition des
sketchs avec d'autres filles et garçons survenus entre temps.
En vérité, j'avais prévu d'autres activités
pour cette période, mais je ne peux pas laisser tomber Lucas dans
cette mauvaise passe .
Il faudra trois semaines de travail intensif avec toute l'équipe
des jeunes, Chris en tête, pour que naisse " Le Café-Théâtre
du Moulin à Poivre " C'est un succès. Au bout d'un
an, il faudra déménager au sous sol d'un café célèbre
à Genève ,le " Landolt " qui devient alors "
L'Arlequin ".
Et c'est dans ce nouveau lieu qu'une jeune comédienne, Claire Lorenceau,
tiendra la scène en compagnie de la pianiste dans un Two Women-Show
écrit spécialement pour elles par Gérard Lucas.
Mon activité de metteur en Scène d'un Café-Théâtre
s'est faite sous le pseudonyme de " Richard Lemask "
Un heureux concours de circonstances m'amène dès
1998 à séjourner de longues périodes à Venise.
De tout temps, j'ai utilisé le dessin comme une sorte de langage
complémentaire. Dans mon métier , c'était le bon
moyen de me faire comprendre par les décorateurs , les costumiers,
les caméramen , les comédiens , en dessinant mes conceptions
, ma vision de ce que je voulais obtenir.
Me trouvant soudain plongé dans cette ville théâtrale
où la comédie se joue sans cesse dans les rues, sur les
places ( les " campi "),sur les ponts qui enjambent les canaux
où les gondoliers se renvoient des blagues d'une rive à
l'autre , je comprend bien les sources d'inspiration d'un Goldoni.
¨Parlant encore très peu l'italien je ne peux m'exprimer que
par le dessin... et je continue...
Mais cela est une autre
histoire... comme dirait Kippling..
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