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En 1962, je quitte Zürich pour
nous installer à Genève.
Pour ma première mise en scène, je mets en répétition
ma traduction de « Napoléon à la Nouvelle Orléans
».
Retrouvailles avec Jacques Stern, qui fait le décor, et avec
d’autres amis : Robert Schmid qui jouera le rôle principal,
William Jacques et Isabelle Villars, Jean Vigny et Corinne Coderey,
des acteurs que j’ai connus à mon époque du Théâtrale
de Genève.
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Lorsque j’ai rejoint cette équipe,
la TV romande comptait déjà six réalisateurs de talent
:
André Béard, Jean-Jacques Lagrange , Claude Goretta, Jean
Claude Diserens, Raymond Barrat, Paul Sigrist.
Il ne reste qu’un seul metteur en scène à Zürich après
mon départ : Ettore Cella... A Genève, il y a encore quatre
décorateurs, de nombreux journalistes, bref tous les métiers
du futur média , de la technique ou du programme sont représentés
ainsi que l’administration. Tout ce monde travaille dans un grand local
de la radio romande.
Devant moi, je vois le vieux rêve de la Télévision,
comme instrument culturel... enfin réalisé.
A ce propos je me souviens d’une séance de programme où
M Haas avait demandé au chef technique « Quand sera-t-il
possible de voir en Suisse allemande le programme romand ?» Celui-ci
avait répondu : « On n’est pas pressé de voir les
émissions subversives des Romands chez nous ! » Cette phrase
provoqua un silence navré.
Les fondations du nouveau studio en construction sont mitoyennes à
notre studio provisoire... Il sera terminé en 1974...
Un jour, Monsieur Schenker me propose de réaliser
une série de 52 émissions sur l’histoire de la Suisse.
Un journaliste, Georges Duplain, a collecté des informations des
récits des mythes, des anecdotes concernant l’histoire de la Suisse.
Il a imaginé une sorte de calendrier évoquant chaque semaine
les faits ou les personnalités qui auraient marqué l’histoire.
de notre pays.
Cela se présenterait sous la forme d’une émission hebdomadaire
comprenant plusieurs sujets.
J’accepte le défi et mon directeur
me met entre les mains un énorme dossier, le manuscrit de Duplain
.
J’aurai trois mois, pour préparer, tourner, monter le tout.
Pour me donner un coup de main dans ce gros travail , je demande un assistant.
Mon ami Jacques Stern est justement disponible, car il y a un moment de
ralentissemnt dans les commandes à la décoration, il a parfois
exprimé le désir de faire de l’assistanat dans la réalisation
TV.
Nous nous préparons donc à partir, Jacques et moi, sur les
routes de la Suisse « à travers les siècles ».
Je pourrais m’étendre sur cette période, mais il y faudrait
un volume comme celui de G. Duplain (car il fit un livre de son travail
après la diffusion des « Calendriers de l’Histoire »).
A part Jacques Stern comme assistant. Henry
Künzer caméraman et la très rapide et imaginative monteuse
Lise Lavanchy, Robert Schmid, le comédien, bon écrivain,
fait les commentaires des 52 émissions.
Excellent dialoguiste, il crée lui-même des petites pièces
que je mets en ondes . Son violon d’Ingres est la cuisine et là,
on ne peut le surpasser.
Durant toute une année, les dimanches,
en ouverture de soirée, les téléspectateurs de Suisse
romande et d’ autres contrées proches, pourront voir sur leurs
petits écrans défiler au pied d’un immeuble moderne de Genève
, un chevalier en armure , la lance au poing , au son d’une fanfare médiévale
et le titre de l’émission apparaître en surimpression «
LES CALENDRIERS DE L’HISTOIRE ».
Enfin libéré de cette série.
je retrouve les dramatiques. Je me donne le plaisir de reprendre en français
des œuvres déjà mises en scène, en allemand, à
Zürich. Souvent, lorsque l’enregistrement d’une œuvre est terminé,
prêt à la diffusion, j’ai envie de tout recommencer à
zéro mais avec une optique différente . Avec le changement
de langue, de décorateur, d’acteurs, mais bénéficiant
d’une préparation très complète et d’un approfondissement
, la nouvelle version peut être très intéressante,
plus forte.
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En
1964, pour l’année Shakespeare, je monte la comédie
« Beaucoup de bruit pour rien ».On trouve dans cette
œuvre des éléments qui sont développés
dans la tragédie de Roméo et Juliette,mais l’atmosphère
y est plus gaie : « la Renaissance Italienne fleurie »avec
des jeunes chevaliers en armure contant fleurette aux jolies filles
d’une cour d’amour.
Avec Jacques Stern ,nous cherchons l’inspiration dans le Quattrocento
Toscan.La maquette du décor qu’il me fait embellira le bureau
de notre directeur, monsieur Schenker, pendant des années.
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En 1965, j’ai de nouveau l’occasion de
mettre en scène une oeuvre lyrique destinée au concours
de Salzbourg.
Il s’agit d’une oeuvre intitulée « Les Jumeaux de Bergame
» du compositeur Jacques Dalcroze qui en écrivit la musique
et le livret.
L’intrigue, dans le style de la Commedia Dell’ Arte, présente deux
Arlequins jumeaux, épris de deux jolies femmes. Ils intervertissent
sans cesse leurs rôles et sèment un joyeux désordre
dans leurs liaisons. Je dessine des costumes dans le style « art
déco »
En 1966, pour un Pirandello « Vêtir ceux qui sont nus »,
je choisis pour le rôle principal une jeune actrice française,
Clotilde Joano, comédienne d’un très grand talent qui promet
de faire une carrière exceptionnelle.
A la fin de la pièce, elle joue sa mort avec une vérité
poignante. Elle décédera l’année suivante...
En 1966 également, monsieur Schenker
m’emmène à Paris à une réunion de l’U.E.R
: Union Européenne des Radios-Télévisions.
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La
Suisse avec 17 autres pays d’Europe doit collaborer à une
œuvre commune. L’écrivain français François
Billetdoux a été chargé d’écrire pour
l’U.E.R. un long récit dont l’action se déroule à
travers 18 pays européens.
Le titre en est : « Pitchi-Poï » ( Mot Yiddish
qui servait de réponse aux questions des enfants en déportation)
Ainsi 18 réalisateurs doivent créer 18 versions différentes
de Pitchi-Poï, lesquelles seront diffusées dans les
18 pays à la même date, même heure .Quelle Eurovision
!
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En 1967, Denise Gouverneur, excellente écrivain
genevoise, me propose un scénario « Levée d’écrou
», inspiré d’un fait divers qui a défrayé la
chronique genevoise. .L’authenticité et la force d’expression de
l’écriture m’emballe. L’actrice principale, Lise Lachenal, a dû
passer quelque temps en prison , fictive, bien entendu, en compagnie de
ses collègues Erika Denzler, Isabelle Villars, Claire Dominique..
« Levée d’écrou » a gagné le Prix Suisse
de Télévision
Entre autres expériences inédites,
je monte une sorte de spectacle -piège pour téléspectateurs,
sur un texte dramatique de Michèle Ansorge. Avec la complicité
des acteurs et de mon assistant Christian Zeender, nous construisons une
émission-vérité.
Ils sont des invités à une émission sur le phénomène
du lancement d’une vedette de la chanson , avec toutes les combines et
les trucs de publicité sournoise, qui dans le cas particulier aboutissent
à un fiasco parce qu’un méchant jeune homme, amoureux de
la Vérité, dénonçe la supercherie. Le fil
rouge est le lancement d’une ravissante personne sans talent, pour en
faire une vedette de la chanson, à l’aide du play-back .Les téléspectateurs
protestent car ils ont pris l’histoire au sérieux
Une autre nouvelle expérience sur un
texte de Walther Weideli : « Les anges frappent avant l’aube. »
L’auteur a imaginé qu’un écrivain propose à un groupe
de jeunes acteurs un schéma dramatique se jouant à l’époque
des persécutions religieuses dans la Rome antique.
Chacun des acteurs se choisit un rôle et tous vont improviser leur
personnage qui s’exprimera dans la logique du récit.
Comme acteur principal et meneur de jeu , j’ai pris le comédien
français bien connu :Jean Chevrier.
Pour les petits rôles, j’avais des élèves de mon cours
de théâtre qui ajoutaient une note de vérité,
par leur inexpérience de la scène.
La même année, je reprends mes
élèves pour participer (en compagnie d’une quarantaine de
jeunes Valaisans) à une sorte de grande fresque historique, «
La croisade des enfants », se déroulant sur une musique de
Heinrich Suttermeister et des textes de Marcel Schwob. Il s’agit d’un
événement historique du 12 e siècle trouvé
dans les chroniques de l’époque.
Le caméraman Roger Bimpage a tiré de magnifiques images
pour ce film qui reçoit le prix Suisse de Télévision
1969.
Pour le seconder dans l’administration du programme. Monsieur Schenker
engage Jean–Jacques Demartines ( qui s’est distingué dans l’organisation
d’une Exposition Nationale en 1964)
Celui-ci m’ayant pris à part, m’expliqua son point de vue : la
TV n’est plus un artisanat, mais une industrie et l’on fabrique maintenant
des émissions comme des boîtes de petits pois Puis il me
propose de le seconder dans le secteur « assistants » aussi
bien pour les engagements que pour surveiller leur formation, puis le
moment venu, leur nomination comme réalisateurs.
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En 1970, je fais la connaissance de
monsieur Jean Canello, le directeur- fondateur de « Telfrance
», une maison de films spécialisée dans les
feuilletons ( Thierry La Fronde).
Canello cherche un réalisateur bilingue pour mettre en scène
un feuilleton en coproduction avec l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse
et le Canada, tiré d’un roman de l’écrivain allemande
Uta Danela .
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Nous sommes trois pour écrire un
scénario acceptable : Bertrand Viard (producteur délégué
sur le tournage), Helmuth Dietel, munichois, assistant professionnel en
passe de devenir un réalisateur à succès et moi-même.
La distribution des rôles comprend toutes
sortes de nationalités européennes.
La jeune première allemande Eléonora Weissgerber, l’acteur
vedette yougoslave Relja Basic et différents rôles importants
comme l’Allemande Maria Kubitschek, la Canadienne Alexandra Steward, un
Allemand, Philippe Sonntag, un Suisse, Sigfried Steiner et j’en passe.
Le tournage prendra six mois. Le montage et les finitions près
de trois mois.
Une longue, mais intéressante expérience pour se familiariser
avec les problèmes de la co-production internationale. .
L’année suivante Claude Torracinta,
brillant journaliste et chef rédacteur du magazine d’informations
de la TV suisse romande : « Temps Présent », me propose
de travailler pour lui.
Depuis, je fais équipe avec différents journalistes dont
Jacques Pilet, Gérard Mury, Eric Lehmann, Jean-Pierre Goretta,
Jean-Philippe Rap, Lisa Nada, Henry Hartig, Catherine Unger , Guy Achermann.
Je participe à des reportages en Allemagne, au Portugal, en Irlande
du Nord , en Catalogne, en Pologne, en URSS, en Ouzbékistan , à
Rome et en Suisse bien entendu.
Expériences passionnantes sur lesquelles il y aurait beaucoup à
raconter. Entre les reportages, je continue à réaliser des
dramatiques et des films jusqu’en 1989. (voir liste)
Je réalise aussi deux feuilletons
pour Televetia, succursale suisse de Telfrance.
Dans la série française des « Grandes Batailles de
l’Histoire » je réalise « La Bataille de Morat ».
Mon ami Guy Dessauges s’occupe de la décoration. Il fait des armes
et armures d’époque, en matière plastique. Dans la glace
d’un lac il installe des faux cadavres dévorés par des loups
( les chiens d’une compagnie de douaniers.) pour figurer la recherche
des restes de Charles le Téméraire après la Bataille
de Nancy. Et les oriflammes de la chevalerie ainsi que la rangée
de canons de la fameuse artillerie du Téméraire! Le film
obtient l’Etoile d’or de la Télévision française.
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Pour les costumes d’une dramatique qui sera créée
l’année suivante "MELISSA", nous cherchons à
reconstituer la singularité d’une civilisation antique en
Crète.
Le costumier, Bernard Grüninger, comédien et tisserand,
fabrique les vêtements dans les étoffes qu’il a tissées
lui-même.
La pièce est une tragédie antique de l’auteur crétois
Nikos Kazantsaki (ZORBA).
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En 1981, je renouvelle l’expérience
de 1969, l’émission-piège. Dans le cadre d’une « dramatique
» nous présentons la « Première » d’une
nouvelle série d’émissions sur « L’Homme et son Destin
». Le meneur de jeu est bien connu du public suisse, c’est Georges
Hardy.
Avec Jordan Bojilov, producteur de films, nous avons traduit une pièce
à deux personnages d’un auteur gallois « Heathcote Williams
»,
« L’Immortaliste ». Avec l’assentiment de l’auteur nous ajoutons
un petit nombre d’invités à un entretien type de T.V sur
la vie et la mort.
Le meneur de jeu annonce le retard du principal
invité. L’émission commence donc sans attendre, avec le
visionnement d’un film sur les rituels funéraires dans le monde.
Le retardataire se présente, c’est un fringant vieillard de 247
ans. Un débat commence et le nouvel invité fait profession
« d’immortaliste » Il ddémontre avec une logique très
bien construite, qu’il est inutile de mourir.
Le débat est houleux, de plus en plus mouvementé et se termine
dans un désaccord total.
Dans les jours qui suivent l’émission, ma table de travail est
surchargée d’un courrier plus qu’abondant…
En 1980, notre directeur m’accorde trois mois
de « ressourcement » à Londres. Cela me permet d’étudier
la manière dont à la B B C (British Broadcasting Company)
se font leurs «Docu-Drama », en français : «
les documentaires-fictions ».
En 1982 le chef de l’information, Claude Toracinta
me charge d’en monter un. Nous choisissons un événement
qui a secoué l’opinion publique suisse : En 1970, trois avions
long-courriers ont été détournés dans le désert
de Jordanie par le F.P.LP. Palestinien, un groupe de terroristes, en un
lieu nommé Zarka. Parmi ces trois appareils, il y en avait un de
la Swissair.
Le lendemain du détournement, seuls les femmes et les enfants ont
été libérés et transportés à
Amman pour être rapatriés en Suisse.
Les passagers hommes, ainsi que tous les membres de l’équipage
ont été retenus une semaine dans l’avion dans des conditions
insupportables sous la surveillance d’un commando terroriste.
Les pauvres otages après avoir quitté l’avion ont pu assister
de loin à l’explosion des trois avions. Heureusement, tout s’est
terminé sans mort d’homme.
Ce coup d’éclat terroriste était destiné à
faire connaître au monde le drame palestinien.
Pour faire ce film, en un premier temps, assisté
du journaliste Jean-Pierre Clavien, nous menons une enquête serrée
auprès des passagers et membres de l’équipage habitant pour
la plupart dans le canton de Zürich.
Puis nous rencontrons les instances de la Croix Rouge Suisse qui étaient
intervenues à plusieurs reprises pour la libération des
« prisonniers du désert », nous rencontrons également
les autorités politiques suisses , et enfin le bureau de la représentation
palestinienne à Genève.
En complément de toute cette documentation,
nous avons deux témoignages distincts particulièrement détaillés,
sous la forme de deux livres-souvenirs que l’hôtesse de la Swissair
Beat et le passager Walther Jost ont écrits après leur libération.
J’ai obtenu des TV anglaises ,italiennes hollandaises
, toute une série de plans d’anciennes « actualités
» , que j’ai insérés dans le film.
Puis est arrivé le moment du tournage de la reconstitution de ces
événements
En ce qui concerne les décors principaux :débaucher pour
quelque temps un « long porteur de la Swissair » , trouver
un coin de désert de sable en Suisse, paraît impossible.
La Direction de la TV Romande s’adresse alors à « Telfrance
» qui prend en main la production technique du film.
Monsieur Claude Matalou devient notre producteur délégué
et Isabelle de Blonay ma première assistante.
Dans un coin perdu de l’aéroport d’Orly
sur une piste de « ferraillage » ont été versées
puis étendues des tonnes de sable….voilà pour le désert.
Un avion blanc de même type que l’avion-victime de la Swissair a
été posé sur le « désert »
Et voilà, nous sommes à Zarka. Le soleil ne nous manque
pas durant le tournage. heureusement....
Un jour où nous tournons à l’intérieur de la carlingue
avec l’inévitable appui des projecteurs , le thermomètre
monte à 50°C….Les acteurs , les figurants , l’équipe
de tournage sont tous dans le bain!
Ce film évoquant des situations à caractère politique,
fera couler beaucoup d’encre et provoquera quelques soucis à certaines
hautes instances.
De toutes ces années bien remplies de nombreuses et très
diverses réalisations certaines expériences de mises en
scène s’imposent plus fortement à ma mémoire.
En consultant ma « LISTE DES ŒUVRES », je me rends compte
qu’elle ne contient pas plus d’un tiers des réalisations que j’ai
faites durant mes années de travail à la TV Suisse.
Il manque les reprises de Théâtre , les émissions
de variétés, les ballets , les concerts, que ce soit avec
le car de reportages ou en studio. Durant mon long parcours à la
télévision suisse, j'ai eu la chance de bénéficier
du soutiens de la presse, ce qui m'à beaucoup encouragé.
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