BIOGRAPHIE




Roger BURCKHARDT
 

Naissance :
15 Janvier 1921 à Mulhouse (Haut-Rhin) France
Nationalité :
Suisse. Originaire de Bâle-Ville (BASELSTADT)

Parents :
Rodolphe Burckhardt. Artiste-Peintre. Bâle. Suisse
Jeanne Kestner. Pianiste. Lille. France


Etudes : Etudes en Suisse à Lausanne..
En été 1935 ses parents l’emmènent au Festival de SALZBURG.
Il y découvre sa vocation. Depuis cette date il dessine des costumes et des décors issus de ses lectures des grands dramaturges : Molière, Marivaux, Shakespeare, Lope de Vega etc.
En 1937 il interrompt son parcours scolaire durant 6 mois pour faire un apprentissage de photographe.
Il reprend l’école pour passer son certificat d’études secondaires en 1939.

Etudes de Théâtre : 1939, Louis Jouvet est en tournée en Suisse.
Roger Burckhardt donne la réplique à une jeune actrice suisse que Jouvet emmène avec sa troupe en Amérique du Sud. R B. auditionne à son tour devant le maître ;Jouvet lui donne de nombreux conseils qui s’avéreront très utiles durant sa carrière de comédien.

1940 Début des études chez Jean Mauclair, metteur en scène du Théâtre Municipal de Lausanne, et parallèlement au Conservatoire de Genève.
1941, joue des petits rôles à Lausanne, est inclus dans « La Compagnie des cinq », groupe de jeunes comédiens dont François Simon, fils de Michel Simon, Ils donneront à Genève puis en tournée « Voulez-vous jouer avec môa » de Marcel Achard.

Janvier 1942 : « Ecole de Recrue ». Burckhardt continuera ses activité d’apprenti comédien en alternance avec de nombreuses périodes de mobilisation à l’armée.

1943, il s’inscrit comme comédien au « Bühnenstudio » à Zürich, une Académie de Théâtre à l’enseignement très poussé et complet. Ecole créée par un groupe de professionnels des grands théâtres allemands et autrichiens réfugiés à Zürich et ayant fait à l’époque du Théâtre de Comédie (Schauspielhaus) de cette ville, le meilleur théâtre de langue allemande.

Engagements : Comme indiqué plus haut, après 1943-1945, ses débuts sur scène et à la Radio en Suisse Romande, Roger Burckhardt jouera à Zürich en allemand dans des spectacles donnés par les élèves du « Bühnenstudio » dont « Jugend im Sturm » (Les Jours Heureux) de Lucien Luchaire, puis différents petits rôles au « Schauspielhaus » ou d’autres théâtres.

Il tourne en 1944 dans un film de Kurt Früh « Prisonniers de Guerre » et la même année dans « Tanja macht die Augen auf », mis en scène par Léonard Steckel.

1945 : La guerre se termine, les frontières s’ouvrent, Roger Burckhardt rentre en Suisse romande. Il est engagé par Paul Pasquier pour le rôle du messager dans « Antigone », de Sophocle, lors d’un festival d’été à Lausanne et joue également à la Radio.

En septembre, départ pour Paris. Il se présente aux examens du Conservatoire. Il est reçu, mais renonce à continuer ses études de comédien et est engagé par André Barsaq au Théâtre de l’Atelier pour jouer Yvan en doublage dans « Les Fères Karamazov » ainsi que 5 autres petits rôles. Ses changements de personnages, de costumes, de barbes et perruques, durant le spectacle, le font surnommer par ses camarades « Le Frégoli de l’Atelier ».
Continuant à imaginer la réalisation de spectacles, il remplit un portefeuille de dessins de costumes et de décors.

1946 : Engagement à Colmar au « Centre Dramatique de l’Est », une nouvelle organisation de décentralisation culturelle créée par Pierre-Aimé Touchard. En plus du doublage du rôle d’Alceste dans le « Misanthrope » et le juge des « Plaideurs », il montre son portefeuille avec ses projets de décors et costumes au directeur du centre. Celui-ci le charge de prendre en main la réalisation des costumes de tous les spectacles de la saison sous la direction du merveilleux décorateur engagé par le « Centre Dramatique de l’Est », Oreste Allegri, ancien chef décorateur aux « Ballets Russes » de serge Diaghilev, un homme de 80 ans, d’une vigueur et d’une sûreté professionnelle exceptionnelles, et d’une grande gentillesse.

1947 De retour en Suisse, nombreux engagements à Radio-Lausanne. Série de tournées de différents spectacles avec Paul Pasquier. Participation à un concours de maquettes, de costumes et de décors prévus pour un grand spectacle de plein air de « Roméo et Juliette » : 1er prix.

1948 : Joue le rôle de « Créon » dans « Oedipe-Roi » de Sophocle avec la troupe de Paul Pasquier à « Arles » dans le Théâtre Antique. L’emplacement de la scène étant formé de gros blocs de marbre en ruine, a été recouvert d’un plancher de bois.
Lors de l’entrée en scène dudit Créon, son cheval se cabre, affolé par la sonorité de ses sabots sur le bois et l’éblouissement des projecteurs dans ses yeux. Heureusement la propriétaire du cheval veillait dans l’ombre. Le public stupéfait voit alors une ravissante écuyère surgir dans son costume andalou, s’emparer des rênes, permettant à l’acteur-cavalier, dans son déguisement antique à grande cape, de sauter sur le sol en clamant sa première réplique. Ainsi la dénommée « Poupette d’Arles » sauva la suite de la représentation.

1948-Août : Roger Burckhardt épouse Elvira Schalcher jeune première du Théâtre Municipal (Stadttheater) de Berne.

Hiver 1948 : Reprise à Paris « d’Œdipe-Roi » au Théâtre Hébertot en alternance avec « Miguel Mañara » de Milosz. Roger B. y joue le rôle du « Prieur » et dans Œdipe celui de « Thirésias.

1949 : Roger Burckhardt s’installe à Berne pour rejoindre son épouse. Celle-ci lui présente Sepp Dietel, le fils d’une collègue, un « mordu du théâtre. Tous deux décident de créer un petit Théâtre dans cette capitale qui n’en comptait qu’un seul : le « Stadttheater » (Le Théâtre Municipal).
Dans un premier temps, un sympathique marchand de meubles de la vieille ville, nous accueille dans une vaste cave voûtée, qu’il a aménagée en salle de concerts, de récitals, d’expositions, de conférences, « la Anlikerkeller »

         Mais cédons la parole à Roger Burckhardt :

"L’estrade au fond de la pièce devient notre scène de théâtre, où en compagnie de trois autres comédiens, Walter Plüss, Walter Gloor, et Listel Kratiger, nous interprétons des œuvres en allemand, à petites distributions, donc à petits budgets. Avec mes coéquipiers, nous nous partageons les mises en scène. Je m’occupe des décors et costumes, alors qu’ils prennent en mains les finances et l’administration.

Après trois mois d’un succès inespéré, monsieur Anliker, nous donne notre congé, en pleine saison d’hiver.
En désespoir de cause, après des recherches infructueuses, le propriétaire d’un tea- room au haut de la vieille ville, à quelques pas d’une tour d’horloge médiévale, nous ouvre les portes de sa grande cave. Celle-ci lui sert de débarras. Un incroyable amoncellement d’objets en tous genres, de caisses, de sacs bourrés de déchets, un désordre indescriptible, en bref l’image d’une décharge, nous apparaît dans l’ombre.

Le premier travail de notre petite compagnie théâtrale consistera à remplir une benne municipale de trois tonnes de détritus.
Après avoir blanchi les murs et le plafond à la chaux, arraché de grands champignons confortablement nichés aux courbes des voussures, un travail de charpentier nous attend. Aidés des conseils d’un professionnel, une scène est construite ainsi qu’un plan incliné qui occupe tout l’espace, destiné aux spectateurs. Dix-neuf rangées de dix sièges en bois, ayant appartenu à un vieux cinéma en faillite, nous sont offerts, ainsi qu’un grand rideau noir. Cadeaux encourageants pour notre jeune troupe.

Et bientôt s’annoncent les premiers spectacles dans un théâtre tout neuf le « THEATERANDERZYTGLOCKE ».

Un soir, à la fin d’une représentation, une jeune femme se présente. Elle était l’une des élèves du cours de théâtre à Lausanne.
Elisabeth est accompagnée de son mari, le peintre Guy Dessauges. Tous deux habitent Berne.
Le couple me conseille de monter aussi des spectacles en français. Habitant la ville fédérale, ils seraient enchantés d’assister, avec les vingt mille Romands habitants Berne, à des spectacles donnés en français.

A quelques jours d’intervalle, comme pour appuyer ce conseil, se présente à moi une ancienne technicienne de Radio-Lausanne, Isabelle Jorès , qui travaillait au service des ondes courtes à Berne diffusant aux quatre coins du monde des émissions destinées aux Suisses de l’étranger. Elle aussi a pris des cours de théâtre et serait ravie de monter sur les planches. Rendez-vous sera pris entre les quatre francophones et aboutira quelque temps plus tard à un premier spectacle comprenant un Musset et la création d’une pièce d’Alexandre Métaxas : « La Trinité » dans un décor de Guy Dessauges.

Isabelle me fera connaître à son directeur aux ondes courtes, Edouard Haas. Celui-ci me donnera plusieurs fois l’occasion de produire des émissions pour nos concitoyens à l’autre bout du monde.

Un nouveau visiteur à la réputation sulfureuse, vient un soir dans notre cave. Il s’agit d’un jeune auteur dont la première de sa première pièce "Les Anabaptistes" vient de connaître le même genre de succès au Schauspielhaus de Zürich qu’en son temps la première "d’Hernani" à Paris.
Un chahut énorme de sifflements et d’invectives de la part du public conformiste, scandalisé par la liberté de parole des dialogues de Dürrenmatt, d’autre part des applaudissements frénétiques et des cris d’encouragement de la part des esprits libres. Frédéric Dürennmatt soutenu par les acteurs zurichois cherchait un metteur en scène avec qui créer une scène-instrument de ses idées et inspirations.
Mes anciens professeurs de Zürich lui avaient parlé de moi et du petit Théâtre de Berne.Il voulait me connaître. Nous avons passé la nuit qui suivit cette rencontre, à échafauder des projets, à imaginer un petit Théâtre à Zürich, ville plus importante que Berne de par sa position culturelle internationale et l’enthousiasme de sa jeunesse.
L’idée de Dürrenmatt était d’écrire de nouvelles pièces que je mettrais aussitôt en scène. Il proposait de le nommer « Literarischer Theater ».
( Théâtre Littéraire )

Conjointement à cette rencontre, mon fils Sébastien venait de naître , dans une clinique de Berne. Entre ces deux naissances, celle d’un premier enfant et celle d’un nouveau théâtre, mon horizon s’élargit…

Dürrenmatt adjoint à ma demande, un troisième larron au projet, un jeune dramaturge de ses amis, Félix Rellstab, employé au Schauspielhaus de Zürich, qui accepte de se libérer et de prendre en main l’administration du futur théâtre. Il se charge de trouver une salle de spectacle à Zürich, ainsi qu’une ou plusieurs subventions pour couvrir les frais du lancement de l’entreprise.

Afin d’être disponible pour le futur, j’abandonne le théâtre « An der Zytglocke », à la fin de 1950.

Disposant d’un certain laps de temps, je mets en répétition un spectacle avec mes camarades francophones, Elisabeth Dessauges, Isabelle Jorès, René Grevers, Aya Censi et pour les décors Guy Dessauges.
Le programme se compose de deux petits Courteline, d’un Cocteau et de Chaînes d’Henri Michaux. Cette composition sera représentée dans une salle des fêtes indépendante en attendant que le projet Dürrenmatt ait pris forme. Dürrenmatt est de plus en plus pris par ses activités littéraires et dramatiques. en Allemagne., nos rencontres « au sommet » s’espacent. Ses pièces sont jouées dans un grand nombre de théâtres allemands et autrichiens .

Le moment vient où il abandonne l’idée de ce théâtre, avec ses propre pièces, et nous propose de prévoir un répertoire plus diversifié. Puis il part pour l’Allemagne où son succès l’appelle.

Félix Rellstab, directeur administratif, a trouvé une salle paroissiale dans une ancienne auberge de la vieille ville dominant une jolie place, avec sa fontaine « le Neumarkt » ( le nouveau marché.)
L’aménagement de la scène est un peu sommaire, mais suffisant pour un répertoire de pièces sans problèmes de décors.
Malheureusement, certaines pièces de Dürrenmatt telle que sa dernière comédie en date : « Le mariage de monsieur Mississipi » prévue comme œuvre d’ouverture, exigeaient un aménagement de décors trop sophistiqués.

C’est en septembre 1951, qu’a lieu la Première du « Kleines Theater Am Neumarkt » avec « Marlborough s’en va en guerre » de Marcel Achard, mise en scène par moi-même.
Pour interpréter le rôle Marlborough, je me suis adressé à un comédien chevronné et de grand talent, Léopold Biberti. Celui-ci a accepté la proposition afin de soutenir la nouvelle troupe. Parmi ces jeunes, beaucoup se sont fait une réputation : « Hélène Vita, Elvira Schalcher, Walo Luönd, Fred Tanner » et bien d’autres encore.

Les Premières se succèdent avec bonheur, un public fidèle s’est formé. Ce n’est pas suffisant pour couvrir les frais des décors, des costumes, de location de salles, d’éclairage, des salaires de la petite troupe déjà réduite.
En bref, les finances sont à plat, Les autorités de la ville(habituellement généreuse pour les théâtres) refusent régulièrement nos demandes de subventions. Un dernier effort est tenté. Je décide de mettre en chantier « La belle au bois dormant »de Jules Supervielle. Le décorateur Ambroise Humm fait des miracles pour que son décor soit beau et presque sans frais. Il est un as du trompe l’œil, mais rien n’y fait !

Après cinq mois d’efforts « Le petit Théâtre am Neumarkt » renonce. à poursuivre son activité.
Quelques mois plus tard, Félix Rellstab aura une conversation avec les deux directeurs du « Théâtre de la comédie »(Schauspielhaus.)
Consultés par les autorités de la ville au sujet d’une subvention à accorder à ce nouveau théâtre, ils reconnurent, avoir répondu par la négative, furieux de ce que la dite troupe leur ait soustrait tous les jeunes talents formés dans leurs murs, talents qu’ils désiraient récupérer.
Par la suite, plusieurs animateurs se sont cassé le nez en tentant de faire revivre cette sympathique salle de spectacles.
Mais aujourd’hui le « Neumarkt » est devenu une véritable institution dans la bonne ville de Zürich.

Je suis engagé au printemps 1952 par le Schauspielhaus, pour jouer un rôle dans une satire politique. Puis en été, à Berne, pour jouer deux rôles dans une vaste fresque historique.

Divers engagements de théâtre ou émissions radiophoniques m’obligent à me déplacer un peu partout en Suisse.

Pour tromper l’ennui des longs parcours répétitifs, je m’attelle à la traduction, et adaptation d’une pièce de Goldoni « Arlequin serviteur de deux maîtres ».

Mon travail terminé au printemps 1953, je le donne à lire à Paul Pasquier. celui-ci décide de monter la pièce en Spectacle d’été, dans le parc de l’Abbaye de l’Arc de Lausanne.
Je dessine les costumes et fabrique les masques des trois personnages : Arlequin, Pantalon et Brighella.
Je construis également la maquette du décor que j’ai conçu et qui sera exécuté par le décorateur Serge Etter.
Au début de juillet 1953, Paul Pasquier met la pièce en répétitions..Il s’est réservé le rôle de Brighella et moi celui d’Arlequin.

Durant le mois d’août 1953, le beau temps continu attirera au spectacle de plein air un nombreux public. Peu avant la fin du mois, je reçois un appel téléphonique de monsieur Edouard Haas, le directeur du service suisse des ondes courtes, à Berne pour lequel j’avais parfois travaillé.
Monsieur Haas, m’appelle de Zürich où il a été chargé de diriger la période d’essai d’un nouveau média : « la Télévision ».

Monsieur Haas recrute des collaborateurs et il m’invite à venir le rejoindre au studio. provisoire de TV de Bellerive à Zurich
Profitant d’un jour de relâche, je vais à Zürich pour le rencontrer dans les locaux d’un ex-studio de film, ancien tennis de l’hôtel Bellerive, loué pour abriter la future télévision suisse durant sa période d’essais.
.A part un petit groupe de techniciens professionnels, engagé pour assurer les premiers programmes, l’équipe comprend avant tout des collaborateurs de la Radio, sans aucune expérience des médias visuels.
Depuis le début de l’année ils ont été invités à des démonstrations télévisuelles en France, au studio de Cognacq-Jay à Paris et maintenant ils s’exercent à découvrir le maniement d’un pupitre de commandes aux images des caméras électroniques de studio.

Au milieu de ces amateurs, les seuls vrais professionnels de l’image, sont un couple de cinéastes ayant travaillé pour des longs métrages en France. Willi Roetheli chef caméramann et son épouse Anne Roetheli, script-girl. Leur expérience du film de cinéma de haut niveau a été très utile à l’apprentissage de la plupart des gens du programme. (Surtout à ceux qui ont su les écouter.)

Après un tour du studio de Bellerive et une démonstration exécutée par un ex-producteur d’émissions de variétés, je demande à réfléchir avant d’accepter un premier engagement pour la période d’essais.
J’explique à Haas, que j’avais prévu de profiter des débuts de la saison théâtrale, pour me rendre à Paris et y chercher du travail.
Haas, souligne l’intérêt pour un jeune metteur en scène, d’être au départ d’un nouveau média, et de participer à la recherche d’un langage propre.
Je dois décider rapidement, le début des émissions en direct de la période d’essais est prévu pour les premiers jours d’octobre 1953.

Je suis indécis, mon ami Paul Pasquier, organise un Centre Dramatique Romand et il compte sur moi pour le seconder. Le succès des spectacles d’été est très encourageant.
A Zürich je signe le 8 octobre 1953 un contrat de trois mois comme réalisateur à la T.V

Monsieur HAAS, connaissant mes divers talents, me demande de remplacer momentanément, le décorateur en place Jacques Stern qui part faire un stage à la T.V italienne, à Milan et Rome.

(Mais avant de continuer l’histoire des débuts de la Télévision, il est important de signaler la parution en 1993 d’un opuscule pompeusement titré : « SHOW, INFORMATION, KULTUR. » à l’occasion des quarante années de son existence.
Le dit opuscule présente non seulement de nombreuses inexactitudes mais aussi des omissions importantes. Les deux jeunes journalistes, engagés par le chef du service de presse de la Direction Générale, semblent avoir limité leurs sources de renseignements à un petit nombre de personnes souvent citées, elles-même imparfaitement documentées.).

A peine arrivé à Zürich, un contrat de trois mois dans la poche je me trouve d’un coup responsable des décors d’une émission de TV qui allait passer à l’antenne le jour suivant ; ma première émission… un saut dans l’inconnu.

Le décorateur J.Stern me met rapidement au courant d’un système simplificateur de décoration qu’il a mis au point. (paravent). Egalement à disposition pour tous les embellissements ou arrangements désirés, il y a des rideaux, des grands rouleaux de papiers forts et naturellement de la couleur et des pinceaux.

Je me mets rapidement au travail. Un jeune homme plein de bonne volonté est chargé de m’aider dans les manipulations lourdes.
Ce premier mois, je m’adapte à ce nouvel « instrument » qu’est la TV Je fais d’intéressantes découvertes, utiles pour mes futures réalisations.
Avec l’assentiment de mon patron, je n’ai pas encore entièrement abandonné mon activité théâtrale.
En effet, plusieurs fois, ayant à peine terminé mon décor du jour, je dois quitter le studio TV pour rejoindre la troupe de Paul Pasquier, en tournée théâtrale dans diverses villes de Suisse.
Ayant interprété mon « Arlequin serviteur de deux maîtres » je prends le train de nuit, pour rejoindre le studio TV de Zürich démonter mon décor et attaquer ceux des jours prochains.
Novembre 1953, le chef décorateur Stern est de retour d’Italie. Je vais pouvoir expérimenter mon nouveau métier de réalisateur de télévision. Un deuxième décorateur vient d’être engagé, Serge Etter, Un sympathique Lausannois. .
Chaque matin, Monsieur Haas commence la journée par la réunion dans son bureau d’une dizaine de collaborateurs.
Sont présents les responsables du programme, de l’image, du son, de la technique et du film.
Les émissions de la veille sont analysées, évaluées. Le patron se montre à la fois sarcastique et encourageant. Son sens de l’humour est inoubliable. Une atmosphère très dynamique de franche camaraderie règne dans notre groupe de pionniers.

En quoi consistait le métier d’un réalisateur de TV ?

Tout d’abord, entraînement accéléré sur le fameux pupitre de commandes de la régie, branché sur les images transmises par les caméras évoluant dans le studio TV.
L’aide précieuse du chef caméramann, Willy Roetheli, pour l’organisation du cadrage des différentes caméras, et la lumière, assisté des conseils de la script Anne Roetheli, les passages d’une image à l’autre, dans une continuité sans défaillance. Enfin toute une série de règles tirées des impératifs techniques du cinéma, qu’ils étaient seuls à connaître.
Pour ledit « Téléthéâtre », des acteurs célèbres, de passage à Zürich par exemple, Richard Burton et Jean Simmons, avaient accepté de jouer devant les caméras du studio, le fameux dialogue Shakespearien de « Roméo et Juliette », dans des éléments décoratifs créés par Jacques Stern.
Les émissions comprenaient peu de longs thèmes. Il s’agissait de nombreuses interviews, présentations de personnalités, numéros de variétés, d’acrobaties de prestidigitations, de chansons, de danse de couples de bricolage et j‘en passe.
J’enrichissais mon métier de metteur en scène de théâtre, avec les rudiments de la technique du film.

 

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Avant-propos   -   Biographie   -   Oeuvres  -  Réalisation ARTactif  © Roger Burkchardt